Présentation de Dentelle

(Nicole Hérault)

 

 

Sans Rime ni Saison

 

 

*** Un jour

Il faudra bien

Traverser le mirage

Biaiser le peu qui reste

Farder nos solitudes

Serrer les habitudes

Entre rien et le vide

Tous nos chers disparus

Dressés en sentinelles

Accrocheront des ailes

A nos dos déportés

Vers des monts immobiles

A nos bouches cousues

Entre silence et rides

Aux guimauves rancies

De nos humeurs perfides

 

 

Un jour

Il faudra bien

Agenouiller nos âmes

Sur le prie-dieu des heures

Sonnées dans les demeures

Bleutées de nos enfances

L'Arbre de nos forêts

Moussu de trop d'automnes

Abaissera ses palmes

Par-delà le marais

De nos désirs morts nés

Et nos vaisseaux figés

Où notre sang s'essouffle

En transports inutiles

S'apaiseront tranquilles

Dedans la voie lactée

 

 

 

Un jour

Il faudra bien

Dire l'inattendu

Parler de l'indicible

Tutoyer nos frayeurs

Ré-accorder nos voix

A nos ardeurs premières

Nos vérités dernières

Nos ultimes pâleurs

Dire le froid mouillé

Des mots tant retenus

Dans nos jardins secrets

En coma dépassé

Enfin nous n'aurons plus

Qu'à vernisser nos larmes

Sur un grand ciel d'été

Un jour

Il faudra bien

Quitter les lits de pierre...

Un jour

Demain

Tantôt ?

Mais... rentrons-nous veux-tu

Nous allons prendre froid

 

 

Dentelle 09/01/2004

 

sincérité - modestie - humour

 

 

J'aurais aimé être l'auteur de cette pensée : " On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux " (Antoine de Saint Exupéry). Je voudrais savoir me tenir toujours à hauteur de cette devise : " Sincérité - Modestie - Humour "

écrit-elle

Voilà qui en dit long sur cette poétesse à l'esprit large, ouverte à toute forme de communication (orale ou écrite), à toutes les poésies J'ai pris un réel plaisir à la lire et à regarder de quelle manière elle brode ses textes.Rien n'est du au hasard, tout est fait avec intelligence, l'effet est garanti, le ton reste souple

Elle prend quelques libertés avec la rime qu'elle n'oublie pas totalement .Dans ses poèmes, je ressens beaucoup la fuite inéluctable du temps, une grande solitude et ses questionnements (de l'enfance mal vécue durant la guerre, ses émois, ses regrets, ses angoisses et ses inquiétudes métaphysiques )

Il ne s'agit pas d'un récit séparant chaque instant de la vie . Il ne s'agit pas d'une simple chronologie , non, passé et avenir semblent se confondre .....les regards

se succèdent.....on ne contrôle pas l'animal fou qu'est la vie, on la chevauche, on la subit en essayant de tenir les rênes autant que possible jusqu'à la chute finale,

inéluctable.

 

"La pendule du temps

Scande un râle assourdi,

La douleur se détend,

La froidure des doigts

Aux draps moites rivés,

Gèle tous ses d'antan,

La nuit se fait glacée.

Est-ce ainsi que l'on meurt ?

C'est si bref, une vie ?"

La mort , la mort mais nous sommes tous morts et parler avec elle est une initiation à la renaissance; l'erreur serait de croire que nous sommes bien vivants .Ne fraudrait-il pas apprendre à vivre?

Le poète est un ressusciteur du vivant lorsqu'il parle de la mort

Cette poétesse

méritait que je m'attarde à une lecture plus attentive.

Je vous invite à découvrir cette expérience poétique qui sort de l'ordinaire et qui ne s'enferme pas dans des certitudes sereines

Oui , Nicole, ta poésie est riche et diverse. Ton esprit aussi ouvert que possible démontre que tu la perçois là où elle est tout simplement, qu'elle est une expérience humaine avant tout. Ton message est

" qu'il faut savoir la trouver entière et intact, là où elle demeure" qu'elle est "l'indispensable résonance avec la vibration"

 

 

 

AGE INGRAT

Une âme crie

 

En son minuit…

A la croisée des rides

En sa peau parchemin

Elle lit des mots vides

Où s'enfouit le chagrin

A deux, la vie coulait,

Chicanes, fêtes, peines,

La vie, tout doux, rangeait

Ses jours en file indienne

A deux, n'étaient point vieux

Même le cœur en veille !

Et voilà que l'adieu

La laisse seule, et vieille

Une âme prie

En son midi…

Les enfants sont charmants

Ils apportent des fleurs

Et repartent contents

Elle a bien tu sa peur

Ne fuyez pas encor !…

Sa supplique muette

Emmurée en son for

La laisse creuse et blette

Un turbulent silence

En ce grand lit désert

Immerge sa dormance

Au fond d'un puits sans air

Une âme plie

En son lundi…

Le temps peine à compter

Ses heures d'infini

Le cœur souffre, à penser,

Le corps fait mal, aussi

Aiguilles et crochets

Objets de créations

A dû abandonner

Sacrifiées les passions

De ses vieux doigts noués

S'échappe du néant

Quand danse la télé

Sous son regard absent

Une âme fuit

Vers son oubli…

Les années au-dessus

De quatre-vingt, dit-elle

Ne sont que superflu

Que fumée de chandelle

Rêver à qui, de quoi,

Qui ne soient du passé

Les projets les émois

Au loin s'en sont allés

Pour un cœur aussi fier

Le grand âge est ingrat

Préférerait se taire

Ne plus battre ici-bas

Une âme crie

En son minuit…

La nuit s'étend

Une âme prie…

En son midi

Qui donc entend ?

Une âme plie

En son lundi…

L'ennui la prend

Une âme fuit

Vers son oubli

Il est grand temps !

 

 

 

 

oui Nicole, il est grand temps de te découvrir !

Elle est également présentée sur le site de Pierre Brandao (voir la rubrique lien) et n'hésitez pas à discourir avec elle sur le forum de ce site

 

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Léo Pold Victoria