Désir poétique : le comment et la finalité

L'œil a vu et la parole restituée une lumière mais l'écriture ne reste-elle pas l' ombre portée, la fragilité du moment qui s'écoule en perdant un peu de sa fraîcheur même si les mots écrits composent l'harmonie de l'être qui les esquisse aux dimensions de son univers?

Difficile tâche pour une écriture qui se doit de briser le silence d'une parole ressentie intuitivement! Malgré tout, lorsque j'écris, j'ai le sentiment d'ouvrir le mur de mon corps et curieusement j'ai ensuite l'impression de fermer la porte que je viens à peine d'ouvrir. J'espérais une fracture mais la moelle a revêtu son habit osseux (moelle au sens littéraire). Dans mon cas l'écriture reste une expèrience de l'être en mouvement et ne peut être figée dans des certitudes sereines parce qu'il y a une multitude de portes qui s'ouvrent et se referment.Elle est une plongée dans le moi qui se recherche constamment et elle l'exprime en le soulageant simultanément Je crois qu'il s'agit d'un désir instinctif, d'une volonté d'équilibre entre ce que l'on voit réellement et ce que l'on ressent, une harmonie que l'on recherche inlassablement et que l'on obtient qu'à d'intenses moments .Mon désir est un besoin de sérénité existentielle , un besoin d'expulser cette angoisse imprécise qui m'habite, et que j'ai du mal à comprendre. Elle résulte peut-être de cette incompréhension "du pourquoi" en décalage avec cette sensation intuitive d'être un élément de la recherche , un résidu de matière en quête d'elle même.Le poète est confronté à cette dualité mais il en existe une autre qui me paraît essentielle. Si je n'aime pas réduire la pensée à un mode binaire (vrai ou faux) je l'admets tout de même dans mon écriture afin d'étendre le domaine de recherche. Là est toute la subtilité! Le vrai ou faux permet de saisir un ensemble de vérités , sachant que chacune d'entre elles a une hypothèse contraire Par exemple, nous opposons à la matière "l'antimatière". Mais un poète ne doit pas se cantonner à une catégorie plutôt qu'une autre mais au contraire rechercher une cohésion à cet ensemble universel fait de contraires. Ainsi la poésie est une quête de l'être confronté aux rapports des choses qui l'habitent (l'univers intérieur) et l'entourent (l'univers extérieur), sachant que cet ensemble fait partie d'un tout et qu'il y a nécessairement des échanges; il s'agit de l'effet miroir dont toute poésie doit tenir compte parce qu'elle ne peut s'abstraire de cette image source dont tout découle. Mais comment définir la poésie ou du moins comment approche-t-on cet état poétique? Ecrire qu'il n'y a pas une définition poétique est une évidence et nul besoin d'un long discours pour s'en convaincre; l'intérêt est dans l'évolution de cette recherche qui ne peut se satisfaire d'une seule définition. Michel Camus a très justement écrit sur le site de Silvaine Arabo ( voir rubrique lien) "qu'il existe une infinité de niveaux de vérité et de complexité de la poésie, une verticalité des niveaux de perception de la poésie, une pluralité de directions de recherche, une multiplicité de formes d'art poétique". La poésie redonne à l'homme sa véritable dimension humaine au sens universel du terme (je vous invite à ce sujet à venir consulter le site d'Etienne Breton Leroy , voir rubrique lien ).Elle permet de découvrir l'être humain dans toute sa richesse et son mysticisme.Les poètes ne sont pas de doux rêveurs mais des chercheurs en quête d'authenticité (où qu'elle se trouve) et ils ont bien les pieds sur Terre .Je crois qu'en fin de compte ils sont de vrais matérialistes.La poésie a une dimension physique c'est à dire qu'elle est sensorielle, sensuelle et est une relation entre les êtres et la matière, les deux étant intrinsèquement liés. Certains m'accuseront peut-être de manquer de spiritualité, voir de religiosité mais doit-on réellement dissocier esprit et matière? Pour conclure, je vous invite à méditer sur cette belle réflexion de Silvaine Arabo "le siècle à venir joue sa seule carte vitale : celle de la spiritualité, c'est-à-dire de la focalisation de l'égo humain sur une transcendance de lui-même : ouverture li- bératrice à l'Etre qui se cache derrière les apparences , alchimie de soi à tous niveaux, des plus quotidiens aux plus littéraires et aux plus politiques...pour une aube nouvelle de l'humanité dans laquelle, sans doute, esprit et matière ne seraient plus perçus en termes de pensée duelle. Silvaine Arabo. "

 

Léo Pold Victoria

(Je remercie Silvaine Arabo pour son aimable autorisation)