ROBERTO JUARROZ
POETE DE L'ABSOLU
Roberto Juarroz est né le 5 octobre 1925 à Coronele Dorrego dans la province proche de Buenos Aires.
Tout l’œuvre porte le nom de « Poésie Verticale » qui traduit la verticalité de la transcendance (incodifiable précise-t-il).
Pour saisir cette vision poétique particulière, il faut avoir à l’esprit une démarche proche de Novalis(1772-1801)
pour qui la poésie est l’absolu réel, l’absolu c’est à dire qui existe indépendamment de toutes conditions.
Novalis unit le mysticisme à une explication allégorique de la nature.
Bien entendu chez Roberto Juarroz il n’y a pas d’approche théologique mais plutôt une démarche que je qualifierai de métaphysique
c’est à dire une approche transpoétique de l’être en tant qu’être placé dans un « infini sans nom » Roberto Juarroz précise qu’elle est
« une méditation transcendantale du langage, »une vie non fossilisée ou dé fossilisée du langage » L’Œuvre est un chemin de l’éveil, un
questionnement intuitif qui sans cesse se renouvelle sur une réalité cachée, cet indicible qui échappe à l’entendement humain, hors de tous
les idéaux, la politique, une poésie qui n’est engagée que dans elle même. Et c’est ainsi dira-t-il « que la vie peut paraître
dénuée de sens, inutile,…,le vide entre en nous,….,il se forme dans le monde une multitude occulte et silencieuse,…sous cet angle l’important
c’est plutôt la qualité du silence auquel la poésie vient répondre », le silence étant l’inconnu en nous(démarche introspective) et hors de nous.
Il faut bien comprendre que l’absolu représente chez Juarroz une vision poétique qui ne dépend pas de la connaissance humaine
mais qui intègre une certaine relativité puisqu’il y a une interaction des choses entre diverses échelles du regard, tantôt à l’extérieur (l’univers)
tantôt à l’intérieur (l’être)
Il écrit cette superbe strophe « L’univers s’explore lui même La vie est un instrument Dont se sert l’univers Pour explorer »
Alors je préfère écrire qu’il s’agit d’une poésie du réel absolu c’est à dire une réalité indépendante de la connaissance humaine mais relative
puisque dépendante des lois de l’univers. En avoir conscience permet d’atteindre une vision dépolluée , étouffée par le « moi quotidien »,
une sorte d’ hyper lucidité qui me touche particulièrement puisqu’il y a la conscience d’une gravité utile et parfois dérisoire des choses qui nous entourent.
La matière est en quête d’elle même et se meut en saccades pour parvenir à un éclair de lucidité
Cohérence chez Roberto Juarroz veut dire un désordre coordonné dans un tout faisant partie du tout, indéfini, sans fin ni début
et l’être est cet « œil qui voit et qui ne voit » Avec Roberto la vision devient cosmique, atemporelle « le présent est comme l’origine » écrit-il
Et cet œil (qui voit et ne voit pas) veut être aussi une vision sphérique, « un regard vertical vers lui même (transcendance) qui s’élance
parfois comme une balle », la balle étant cette sphère qui n’a pas de trajectoire définie, qui rebondit sur cette matière qu’elle ne peut
pénétrer que par la pensée( le mot pluie est très représentatif en effet, voir son poème dont un extrait est « et la pensée pleut sous le monde
diluant le soubassement des choses ») Il y a un réel désir de pénétrer la matière par un étouffement du moi « il faut explorer
par une étreinte détachée du corps, les courants sans image du total abandon » écrira-t-il Roberto Juarroz a pleinement conscience
d’une vision faussée et qu’il faut aller au delà du regard, faire corps avec cette pensée universelle car la vision n’est autre qu’une résultante
de la pensée faussée par le moi. Et ajoute-t-il « voir est par contre ouvrir une avenue de pensée au delà de la lumière » « la clarté est au revers de la lumière »
Le revers sera également défini mais je le citerai à la suite du commentaire. On devine aisément qu’il ne s’agit de l’œil habituel mais
de cet œil qui voit autre chose que l’habituel et les petits tracas quotidiens…. En outre je remarque que cette poésie est écrite dans un
vocabulaire simple comme si Roberto Juarroz avait pour souci d’éclairer, d’épurer à l’extrême cette pensée qu’il écoute et pour accomplir
cette tache il lui faut un langage porteur dans l ‘idée Et un vocabulaire simple et bien défini le permet car écrit-il « la voix est l’ombre
qui projette la pensée »ou encore « la voix fait de l’ombre » Par voix Roberto Juarroz sous entend le langage de l’être, le langage étant la voix de l’univers
Il lui faut donc une écriture simple pour aller vers une nudité essentielle, pour pénétrer « l’inconnaissable du connu où nous vivons »(Roger Munier),
autrement dit l’indicible, l’impossible, « la poésie étant une tentative risquée et visionnaire d’accéder à un espace qui a toujours préoccupé
et angoissé l’homme » « le visible est une faille de l’invisible » écrira-t-il Pour y parvenir donc, il faut épurer la langue,
ne pas se perdre dans des logorrhées verbales confuses et qui desservent le message de l’auteur. Roberto Juarroz a eu cette
superbe phrase, une de celles que je préfère « le regard d’un mot est son sens entre les paupières tremblantes d’une perte »
Il semble que le silence soit indissociable du langage, cette part qui nous échappe est hors de la connaissance humaine.
D’ailleurs il écrit à nouveau « il existe un alphabet du silence mais on ne nous a pas appris à l’épeler » Ce qui explique
une des raisons pour lesquelles Roberto Juarroz définit jusqu’à l’ultime terme employé. Pour l’envers par exemple qu’il
emploie souvent dans son livre, il définit comme suit « l’envers est la zone Où tout le perdu se retrouve »
Et c’est au poète d’y entrer
Mon commentaire au sujet de Poésie Verticale écrit par Roberto Juarroz disponible aux éditions Fayard, livre traduit de l’espagnol par Roger Munier
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